Du café bio éthique à l’eco-ferme, ou les montagnes fertiles

Ces derniers jours, nous les avons passé dans les hauteurs : au pied du mont Mérou au village de Nkoaranga et dans la montagne d’Usambara en surplombant Lushoto. De nombreux points communs : la fraîcheur des nuits et le peu de moustiques qui va avec, les cultures où tout a l’air de pousser, le travail des hommes et des femmes pour entretenir et récolter, mais aussi des forêts verdoyantes et des journées majoritairement ensoleillées ponctuées de jolies pluies ou brouillards !

Mis à part ces points communs, nous sommes sur deux ambiances différentes.

On commence par la première, conseillée par notre chère belle soeur norvégienne, auprès des employés d’une entreprise de café : Kahawa ! Naturellement, nous avons passé une première journée avec Richard, à pieds sur le flanc du mont Mérou, de l’école à l’église, en passant par les arbres fruitiers… puis de la ferme de café à l’usine de torréfaction. Plus de 70 familles se sont réunies pour produire un café bio, et vendre les grains lavés – séchés à Kahawa, qui leur achète ces grains de façon équitable et le torréfie. On sent que cela fait vivre beaucoup de familles, pas seulement autour du café mais aussi autour du tourisme qui y est associé. Sur le chemin, on cueille des carottes qu’arborent fièrement les enfants pour les cuisiner le soir même. Mais ce que préfère Sacha, ce sont les fraises qui poussent sur les talus. Chaque maison a son avocatier, on croise également des pêchers, pruniers, manguiers, papayers et quelques passiflores. On découvre également les arbres à quinine avec leurs vertus médicinales.

Costauds les arbres à café ici !

La deuxième journée avec Richard était aussi à pieds, pour découvrir une cascade cachée où nous nous sommes baignés. Nous étions seuls sur les lieux, on en a bien profité. C’était chouette d’arpenter avec lui les chemins en discutant de la vie locale ! Le fait qu’ici on construit généralement sa maison soi même. Pour sa part, encore une saison et il devrait avoir collecté tous les matériaux nécessaires. Par contre Estelle avait un peu mal aux mollets à la fin de ces deux jours !

Un petit coin magnifique rien que pour nous !

Entre ces 2 journées guidées, nous sommes descendus en famille comme des grands jusque Kilala, le village au bord de la grande route qui rejoint Arusha. Deux heures de marche tout en descente. On a pu assez facilement y manger le repas du midi. Nous en avons profité pour faire un aller-retour à Arusha en tuktuk. Cela nous a permis de réserver notre prochain bus et de prendre un goûter royal, avec option balançoires !

Un goûter et deux balançoires, ou comment rendre Eliott et Sacha heureux !

Je vous laisse imaginer le bonheur des garçons pour le retour en boda-boda, avec les 2 motos qui font semblant de faire la course dans les virages.

Notre moto au loin, pendant que Médy et Sacha payent leur trajet

On a aussi passé une journée à la découverte du parc national d’Arusha. Il s’agit également d’un point de départ pour les ascensions du mont Mérou, petit frère du Kilimandjaro. La forêt était vraiment magnifique. Si nous n’y avons pas croisé les rares éléphants, nous avons adoré repérer les girafes, singes, bushbucks et phacochères dans la forêt. Le lac lui hébergeait de nombreux oiseaux, qui semblent heureux du passage des buffles dans la pleine herbeuse qui en longe un bout. Quand les enfants se sont enfin endormis, nous avons pu observer calmement un colobe guéréza surplombant la piste depuis sa branche.

Pour le reste, notre hébergement était royal dans la guesthouse de Kahawa !  Cuisinières pour le petit déjeuner et le dîner, portier qui assure la sécurité la nuit, jardin magnifique avec démonstration du nettoyage des grains de café. Un lieu qui doit être super pour de grandes réunions de famille !

Un foot sur terrain à étages

Deuxième ambiance du côté d’Usambara à Lushoto : nous avons choisi une ferme écologique en haut d’une montagne. Après 5h de bus, 1h de taxi et une arrivée digne d’un manège à sensation sur une piste rouge terre ! Ici l’objectif est l’autonomie alimentaire, mais aussi en eau et électricité. L’eau vient de la montagne, l’électricité des panneaux solaires. Hamza et son équipe font pousser toutes sortes de fruits et légumes. Une partie est vendue par une dame au marché, l’autre sert à nourrir les habitants et régaler les touristes. Pour l’eau chaude de la douche, il faut prévenir en avance. Histoire d’allumer le feu de bois pour chauffer tout ça !

Première soirée à l’eco-ferme

Hamza nous accueille avec beaucoup de bienveillance et Mahanyu nous emmène visiter les alentours. On commence par un point de vue sur les hauteurs, en passant par une magnifique forêt. Incollable sur les arbres, les oiseaux, et sur l’histoire locale, il a aussi beaucoup de patience et une chouette envie de débattre de l’actualité mondiale ! On découvre les allées d’eucalyptus et leurs avantages et inconvénients, les arbres lianes, les pommiers piquants, les yuccas du pardon, etc.

Comme des explorateurs dans la forêt vierge !

Lors des promenades dans les bois, Sacha pose mille questions. Ces rando font partie des rares fois où Sacha marche énormément. Après plusieurs tentatives de se tailler des bâtons de marche, nous en trouvons deux suffisamment solides. Il n’en fallait pas moins pour motiver notre meilleur acteur ! Il ne voit pas le temps passer et marche de nombreux kilomètres sans s’en rendre compte. C’est alors que les questions fusent. « Papa, c’est quoi un écosystème ? », « Tu as des exemples de stratégie du leurre ? », « C’est quoi une frontière ? », « C’est quoi un arbre généalogique? », « Ceux qui sont très vieux, ils ont été des poissons au début ? », etc.

« Papa, c’est quoi un écosystème ? »

Ici le roi de la région, c’est le caméléon ! Hamza montre le premier à Eliott en attendant que Médy et Sacha finissent de se préparer. Nous croisons le second avec Mahanyu sur le chemin pour Lushoto, ses deux cornes au dessus de sa bouche sont bien visibles : c’est un mâle. On passe aussi 1h dans le jardin de nuit pour les repérer à la frontale, pour le plus grand bonheur des enfants !

Caméléon grincheux
Caméléon en pleine action

Un midi, Hamza nous amène en haut d’une ferme : on savoure du fromage, du pain et du beurre local avec une belle vue sur la forêt brumeuse. Il reste 1h de marche pour rejoindre le point de vue, pas sûr qu’on y voit grand chose, mais la marche est très sympa. Quand on arrive en haut, une brume mouillante très dense bouche complètement la vue. On se doute qu’on est très haut mais là, on ne voit rien du tout. Tout a coup le nuage passe et… wahou … Un petit air de Kjerag ? À moins que ce ne soit un air Preikestolen ?

Panorama en cours d’ouverture

En profitant de la vue, la discussion s’oriente sur les cultures qu’on avait vu dans la pleine en arrivant de Arusha à Lushoto en bus. Ça ressemble fortement à des ananas mais non ! Ce sont en fait des agaves. Les champs sont vraiment grands, surtout comparés aux parcelles généralement modestes cultivées ici. Il s’agit du sisal, les feuilles sont exploitées pour en extraire les fibres. C’est utilisé pour des tapis et des cordes. Hamza et Mahanyu parlent de cette culture avec beaucoup d’émotions. Ils évoquent la rugosité de ces fibres qui les entaillent, qui démangent … on dirait qu’ils ne gardent pas un très bon souvenir de leur ancien job dans le domaine ! Puis le sujet dérive … sur les puces chiques ! Ces bestioles qui viennent s’installer sous la peau des orteils de pieds, par exemple, pour y pondre leurs œufs. Ils évoquent des périodes passées où beaucoup de monde se retrouvait infesté. Le remède local … c’est de se frotter le pieds avec de la fibre de sisal ! À la vue de leurs grimaces, on sent que le souvenir émeut encore aujourd’hui. Depuis, beaucoup plus de personnes portent des claquettes !

Belle lumière sur les pleines

Un matin, c’est une ferme de fleurs et une réserve de plantes médicinales que nous croisons. Un endroit pour conserver les plantes mais aussi les savoir qui les accompagnent. On arrive à se perdre un instant tellement on discute, où sont passés Médy et Sacha qui nous suivaient ? C’est sans compter sur la connaissance parfaite des lieux par notre guide, on les récupère un peu plus loin, après avoir choisi chacun un flanc de coline différent !

Hamza et son équipe sortent la machine à sirop de sucre : on part couper un grand bâton, on le coupe en 4 puis en deux dans la longueur et c’est parti pour le passage dans la presse. Eliott et Sacha sont heureux de faire fonctionner leurs bras ! Le jus est délicieux ! On peut même en faire de la bière. Il existe une brasserie locale, vous voulez aller goûter ?

LA machine après avoir englouti les cannes à sucre

La brasserie ressemble à une zone de fête : tout le monde a l’air passablement alcoolisé en plein après-midi mais l’ambiance est à la danse, aux rire et à la démonstration de la presse à canne. Modèle impressionnant, à 10 mains ! La dégustation du sirop puis de la bière locale se fait devant de nombreux spectateurs et spectatrices, qui prendraient bien Sacha ou Eliott par la main ! Les deux loustics ne se laissent pas faire !

Et vous, vous le fabriquez comment votre sirop de sucre ?

Nous finissons cette journée au pied d’une cascade. La descente pour la rejoindre est très sympa, la remontée est plus sportive. Les estimations sont lancées pour savoir quelle peut être la hauteur de cette chute d’eau. Un ancien client avait estimé 70 m avec son téléphone. Moi je dis 35 m, maximum 40 m. L.’outil de mesure du téléphone dit 9, 12 puis 17 m … La calcul des étages enregistrés par le téléphone 24 m … On n’est pas bien avancés !

Belle pose devant la cascade !

On se sent heureux et vivant de toutes ces randonnées et découvertes dans les montagnes. Les repas partagés avec Hamza et sa team y sont sûrement pour quelque chose. Le dernier soir il y a même son frère. On partage 2 épis de maïs devant le feu. Sacha s’endort sur le canapé bercé par nos discutions en anglais. L’ecofarm est un super principe, moins dépendre des touristes, mais continuer à les accueillir pour partager la vie du coin. Dans un lieu en constante amélioration.

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